Une salle de bain habillée avec de vrais panneaux de coffrage : l’idée récup qui change tout
Par Clémentine — Photos : Serge USTUN, expert en bâtiment
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Il y a des salles de bain qui sentent le neuf, et d’autres qui racontent quelque chose. Celle-ci appartient clairement à la seconde catégorie. Sur les murs, pas de fausse imitation « bois de chantier » imprimée sur un panneau décoratif : de véritables éléments de coffrage récupérés, avec leurs planches marquées, leurs cadres métalliques et leurs angles renforcés. Une seconde vie plutôt inattendue pour un matériau venu du bâtiment.
Le contraste fait tout le charme de la pièce. Face au bois rugueux, le grand miroir rond apporte une ligne douce ; les porte-serviettes et la robinetterie en métal rappellent discrètement les assemblages des panneaux. On est loin d’une salle d’eau standardisée. Et pourtant, l’ensemble reste simple à vivre : un lavabo, une douche, des serviettes, quelques objets du quotidien. C’est précisément cette rencontre entre un objet de chantier et un usage domestique qui donne envie de s’attarder.

Des panneaux de chantier devenus parement mural

Les photos permettent de voir ce que la décoration neuve reproduit rarement avec autant de naturel : une surface qui a déjà servi. Les lames ne sont pas parfaitement identiques, les couleurs changent légèrement d’une planche à l’autre, les traces et les nœuds restent visibles. Les renforts métalliques dessinent un quadrillage sans qu’il soit nécessaire d’ajouter des tasseaux purement décoratifs.
Serge, qui a photographié cette salle de bain, présente ces éléments comme des banches récupérées dans la fabrication de parpaings. Le mot « banche » est aussi utilisé, dans le bâtiment, pour les grands coffrages servant à couler des voiles en béton. Ici, l’essentiel pour le projet déco est bien tangible : ce sont de vrais panneaux de coffrage en bois et métal, réemployés comme habillage intérieur. Leur provenance précise, le bois utilisé et leur mode de fixation ne se déduisent pas des seules photos.
Sur le mur du lavabo, le panneau encadré de métal devient presque un tableau. Un autre habille le retour et le fond près de la douche. Les ferrures d’angle restent apparentes au lieu d’être dissimulées : elles assument l’origine de ces pièces et rythment les grandes surfaces de bois.

Pourquoi l’association fonctionne si bien
Dans une pièce aussi petite, multiplier les effets peut vite devenir fatigant. Ici, une seule matière porte le décor. Les planches horizontales agrandissent visuellement le mur et donnent une continuité d’un angle à l’autre. Le métal gris évite l’effet « chalet », tandis que le miroir circulaire casse la rigueur des lignes droites.
Autre détail que j’aime beaucoup : rien n’est excessivement poli. Les accessoires sont sobres, la douche est utilisée, les produits de toilette restent à portée de main. Le résultat ressemble à une vraie salle de bain habitée, pas à un décor monté pour une photographie. Les irrégularités du bois, loin de gêner, donnent de la profondeur à l’ensemble.
Pour reprendre l’idée chez soi sans faire un total look, on peut commencer par un seul pan de mur, idéalement celui du lavabo. Un grand miroir et deux appliques simples suffisent ensuite à mettre le parement en valeur. Les panneaux complets ont toutefois du poids et de l’épaisseur : il faut les mesurer et prévoir leur fixation avant de tomber amoureux de leur patine.

Du bois dans une salle de bain : oui, mais à quelles conditions ?
Une salle de bain expose ses murs à la vapeur, aux éclaboussures et parfois à de l’eau projetée directement. Ces situations ne se traitent pas de la même façon. Sur un mur éloigné du jet de douche, un bois réemployé peut constituer un parement décoratif, à condition d’être sain, sec et correctement protégé selon son exposition. Dans la douche ou autour d’une baignoire avec douche, un simple panneau de bois et une couche de vernis ne constituent pas, à eux seuls, une solution d’étanchéité.
Avant de poser des panneaux récupérés, je vérifierais d’abord leur état : pas de bois mou, de moisissure, de clous saillants ni de produit ancien inconnu susceptible de rester au contact des habitants. Si leur historique de traitement est incertain, mieux vaut se renseigner avant toute découpe ou pose en intérieur. Un nettoyage adapté, un séchage complet et un traitement de finition compatible avec le support et l’usage prévu viennent ensuite. Il faut aussi soigner les chants, les points de coupe et les fixations, qui sont des endroits sensibles à l’humidité.
Le support derrière le parement mérite autant d’attention que la face visible. On ne recouvre pas un mur déjà humide pour masquer des traces. Près d’une zone arrosée, on choisit un système de paroi et d’étanchéité conçu pour cet emplacement, puis on décide si le bois peut y trouver sa place sans piéger l’eau. La ventilation doit également fonctionner : après une douche, la pièce doit pouvoir évacuer l’humidité plutôt que de la retenir derrière les panneaux.
Enfin, les ferrures récupérées demandent un petit examen. Une tache de rouille n’a pas le même effet sur une photo et sur une serviette blanche. On contrôle leur stabilité, leurs arêtes et leur protection avant d’y fixer un miroir ou un porte-serviettes. Et l’on fixe ces accessoires dans une structure capable de reprendre leur charge, pas seulement dans une planche dont on ignore la tenue.

Où trouver ce type de matériau ?
Il n’est pas nécessaire de chercher le même panneau au millimètre près. Des ressourceries spécialisées dans les matériaux du bâtiment, des entreprises de coffrage ou certains chantiers peuvent proposer des éléments déclassés, selon les disponibilités. Le réemploi se prépare toutefois : demander l’origine des pièces, mesurer leur format, vérifier qu’elles sont cédées légalement et inspecter le bois comme les ferrures.
Si l’on ne trouve pas de panneaux complets, des planches anciennes montées sur une ossature adaptée peuvent évoquer cette ambiance. Mais ce sera une autre réalisation. Dans cette salle de bain, ce sont justement les cadres, les angles métalliques et les marques du premier usage qui font la différence.
Je retiens surtout une idée : un matériau destiné à fabriquer autre chose peut devenir le sujet principal d’une pièce. La réussite ne tient pas au fait de tout conserver coûte que coûte. Elle tient au choix du bon emplacement, à une pose réfléchie et à la liberté de laisser visibles les traces qui rendent ces panneaux uniques.
Photos : Serge USTUN, expert en bâtiment. Les photographies documentent le résultat visible ; elles ne permettent pas de certifier la composition du bois, l’étanchéité derrière le parement ni les détails de fixation.
Pour aller plus loin
- VPI Vicat — Systèmes d’imperméabilisation et d’étanchéité sous carrelage : exemples de systèmes destinés aux zones d’eau.

